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Sommet de Téhéran : le président turc ne réussit pas à faire passer l'idée d'une trêve

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Syrie: sommet tripartite Moscou-Téhéran-Ankara en Iran le 7 septembre 2018 ©La Croix

Quelques mois avant le sommet des dirigeants Iran/Russie/Turquie, des réunions ministérielles et d’expertise ont eu lieu autour d'Idlib. Lors du sommet du vendredi 7 septembre à Téhéran, les présidents des trois pays n'avaient plus qu'à se réunir pour finaliser des accords mis sur la table et décider du modus operandi des clauses de l'accord.

Ce fut sans compter le coup de théâtre d'Erdogan qui a tenté de reporter l’opération de l’armée syrienne, en imposant l'idée d'un cessez-le-feu. Le président russe s'est montré bien ferme, quand il a rappelé à son interlocuteur que pour une trêve, il faut qu'il y ait deux parties : or les terroristes agissant à Idlib n'étaient pas présentés aux pourparlers, ce qui viciait de facto l'idée d'une trêve. Il a fallu le tact et la subtilité de Rohani pour que la déclaration finale comporte la clause suivante, une clause qu'a signée, pour le reste, le président Erdogan : Le désarmement à venir concernera non seulement les terroristes d'Al-Nosra (proche de Riyad) mais aussi des milices proche d'Ankara. 

Lors du sommet de Téhéran sur la Syrie, tenu 7 septembre, le président iranien, Hassan Rohani et son homologue russe, Vladimir Poutine, se sont montrés bien déterminés à donner un coup d’accélérateur à l’opération de libération d’Idlib. Quelques jours avant le sommet, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif s'était rendu en Syrie pour des échanges de vues sur l’ultime opération de libération du territoire syrien.

Lors de son intervention au cours du sommet tripartite d’hier, le président turc a évoqué, de façon inattendue, une nouvelle proposition pour Idlib : établir une trêve dans le dernier bastion des terroristes. Ultime tentative de mettre à l'abri les terroristes et de leur donner la chance de se recomposer? Ou un clin d’œil en direction du camp occidental qui crie ce samedi à l'échec du sommet de Téhéran?

Toujours est-il que le président turc a mis peu de temps avant de revenir sur sa proposition et de changer d’avis face à l’opposition ferme de ses homologues iranien et russe et de rappeler de concert avec ses hôtes la nécessité de combattre et d'éradiquer les terroristes à Idlib. Cette virevolte n'est pas passée inaperçue auprès des analystes. En effet, la Turquie est bien mise en tenailles par les États-Unis et les propos de M. Erdogan à Téhéran en portaient les traces.

Il va sans dire qu’Ankara n’a ni l'intention ni la force de couper les liens avec l’OTAN. Idlib aurait bien pu lui servir de prétexte pour trouver grâce aux yeux des États-Unis.

Les États-Unis et leurs alliés israélien et arabes ont horreur de voir les terroristes d'Idlib capituler et se désarmer et se réconcilier avec Damas. Ils savent aussi que le gouvernement syrien, aidé par ses alliés, ne laissera aucune parcelle de sa terre aux occupants. D'où le scénario, mainte fois usé et abusé, d'une attaque chimique à Idlib. Ce scénario semble toutefois avoir perdu de son efficacité après les révélations russes et syriennes et surtout de très vastes manœuvres militaires en Méditerranée. Malgré toutes ses réticences et les fluctuations auxquelles la politique syrienne d'Ankara a habitué le monde, la Turquie semble avoir bien compris qu'elle n'a aucun autre choix que de coopérer avec le camp anti-Occident. 

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En effet, la Turquie dit s’inquiéter de l’afflux progressif des terroristes d’Idlib vers ses frontières en cas de la mise en oeuvre de l’opération conjointe Syrie-Russie. Or elle peut relever ce défi. Comment? En demandant, aux terroristes, ainsi que l'a bien souligné Rohani, de se désarmer. Après tout, le fait de persuader les terroristes de déposer les armes éviterait à la Turquie, un afflux massif des réfugiés qui n'iraient plus échapper les zones de combat pour se mettre à l'abri des tueurs à gage. Reste à la Turquie la question des "terroristes étrangers". C'est-à-dire ceux qui se battent non pas sous la bannière d'Ankara mais sous le drapeau de Riyad : La Turquie a-t-elle une quelconque obligation de les soutenir quand ces derniers se plaisent à envoyer des drones armés attaquer la base aérienne de Hmeimim? En d'autres termes, Erdogan devra-t-il tenter de faire une percée en direction du camp occidental quand ce dernier l'a laissé si lamentablement tomber? 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV